J’écoute de la très mauvaise musique.
Non.
Je reformule.
Quand je bosse, j’écoute de la très mauvaise musique. Plus c’est dur de bosser, plus j’écoute de la mauvaise musique. Tout comme il y a peu de cours de steps sur les suites pour violoncelle de Bach (si t’es hype, faut dire « BaRHH », en fait, tu savais, ça, Galaxie ?), il y a peu de journées où je n’éprouve pas le besoin de m’abrutir d’une musique violemment stupide pour me donner le courage d’arriver jusqu’au soir (c’est la période où il faut nuit quand je pars de chez moi et quand j’y rentre, je suis pas Hubert-fan de janvier, mais je suis pas la seule alors ça va)(je suppose).
Deux conséquences directes à ça :
1/ Satana m’envoie régulièrement de la bonne musique à écouter, (enfin, de la musique de sataniste interlope quoi) (que j’écoute avec attention et joie) (avant de remettre ma playlist « pourri-taf »).
2/ Quand elle entend parler d’un nouveau single improbable, elle part du principe que je connais forcément. Or, ce n’est pas nécessairement le cas, parce que quand j’ai trouvé une musique qui me réveille, je peux l’écouter pendant plusieurs semaines (mais sinon, je suis quelqu’un de recommandable, hein, faut pas se laisser abuser par la première impression. Quoique je ne sais pas si « recommandable » est vraiment le meilleur choix de mots. Enfin, passons).
C’est ainsi que nous avons découvert, médusées, Pitbull.
Qu’est-ce que Pitbull ?
Si tu demandes à Internet, Internet te répondra : « rappeur et reggaetonero d’origine cubaine, né le 15 janvier 1981 à Miami. Il est connu grâce à son tube international I Know You Want Me en 2009″.
Plusieurs infos.
D’abord, le mot « reggaetonero » est tellement magique que j’envisage sérieusement de le transformer en prénom pour les nombreux enfants que je ne manquerai pas d’avoir et de me mettre à dos (au moins, ils auront une bonne raison d’aller voir un psy pour se plaindre de leur mère).
Ensuite, ce jeune homme sévit depuis 2009, c’est vous dire si ma playlist est pleine de bouses, mais de bouses datées. Moi, je m’étais arrêtée à Timbaland, qui sont en fait plusieurs et pas des chaussures, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Bref, le temps passe vite quand on s’amuse, il nous aura fallu plusieurs années pour ouïr dire des productions musicales (petits guillemets en l’air avec les doigts, hein, bien sûr) du susnommé.
Enfin, et vous m’excuserez cette parenthèse « Un jour, une histoire », la découvert de Pitbull a été pour moi un moment terrible. Voyez-vous, quand j’étais en CM2, j’avais une institutrice vieille école (= complètement timbrée). Elle avait plusieurs passions dans la vie, dont je vais vous lister un échantillon, histoire que vous puissiez cerner rapidement le personnage :
- la Révolution Française, qui était selon elle une tragédie. Non seulement la France se porterait mieux avec des rois, mais en plus, les présidents étaient seulement en photo, alors que les rois, eux, on en faisait des statues (argument particulièrement construit). Du coup, elle avait obligé toute la classe à acheter un livre qui s’appelait « Les Rois de France » (ou forcément un truc assez proche), qui coûtait très cher, ne rentrait pas dans les cartables, et était rempli d’anecdotes plus riantes les unes que les autres, sur Hubert XII qui était lentement mort de la gangrène en se décomposant dans une saisissante odeur de pourriture (image), allongé sur un lit que ses valets transportaient partout ; Jean-Godefroi III qui avait fait assassiner ses quatre neveux et nièces qui étaient à peine en âge de marcher en les faisant balancer d’une falaise (image) ; Eve-Brunehulde brûlée pour avoir tenté se suggérer l’idée qu’au lieu de la vendre à un prince étranger, peut-être qu’on pouvait envisager de la laisser régner elle (image)s(et en commentaire bonus « les femmes ne sont pas faites pour gouverner »)s(une fine observation à faire rentrer dans la tête d’une classe mixte en 1992)s(oui non on était pas en 1870 hein).
- La Corse, dont elle était originaire, Île de Beauté où elle partait à intervalle régulier, et dont elle nous rapportait -générosité extrême-, des feuilles d’arbre, parce qu’apparemment nulle part ailleurs on ne pouvait trouver d’aussi belles feuilles.
- Sa famille, et notamment son père dont elle nous a raconté l’enterrement à de multiples reprises (sans doute pour la portée pédagogique du récit) (il y avait eu une inondation dramatique, elle avait dû se réfugier sur le toit le sa maison avec sa mère et ses sœurs, et elles avaient vu le cadavre passer devant elles, dans le cercueil qui flottait sur les eaux déchainées) (YAY !)
- Le Bled (LE BLEEEED PUTAIN) dont je me suis juré de ne plus jamais reparler, ce truc m’a fait chérir le concept d’autodafé pendant des années -et puis ça s’est un peu calmé jusqu’aux Confessions de Jean-Jacques « je me touche la cerise pendant 867 pages » Rousseau.
- Faire des commentaires sur les différents collèges qui allaient nous accueillir à la prochaine rentrée (si on travaillait bien) (le mien était selon elle connu pour ses viols collectifs dans les toilettes et son important trafic d’héroïne) (inutile de vous dire que j’ai passé un été extrêmement serein).
- Le par-cœur. Je ne sais pas pour qui ça marche, le par-cœur (pour moi, non) (soit je comprends un truc, soit ça sert à rien). Je me rappelle notamment le contrôle sur les départements. On avait dû apprendre les départements par cœur, bon, soit. Elle allait pas se faire chier à trouver à trouver un truc un peu sympa, organiser un jeu ou je ne sais quoi, voire nous donner pour chacun une info insolite que des gamins de 10 ans auraient retenus (pas forcément sur le lyonnais mais bon, ça se trouve, quoi). Elle voulait juste se débarrasser de cette partie du programme -elle n’approuvait pas le programme de toute façon, vu qu’il n’était pas royaliste et qu’il impliquait d’apprendre la même chose aux filles et aux garçons, alors qu’on aurait été bien plus utiles à enrouler les cadavres de nos pères dans ses feuilles de chêne et à entretenir la maison en polissant le carrelage au savon noir, ou un truc du genre. Du coup, il fallait juste qu’on apprenne tout par cœur, qu’on fasse un contrôle, et pof elle serait tranquille, et on pourrait retourner aux radio-visions sur Louis XVI et sur les détails de l’embaumement -ah, les pharaons, ça c’était la classe. Résultat des courses, j’ai englouti tout ça le soir, recraché tout le lendemain, eu un truc genre 6/10, et paf Radiovision. Ça a fait exactement pareil avec la carte du monde -mais pas l’Europe, qu’elle ne validait absolument pas, déjà que la Corse aurait dû être souveraine (littéralement, hein, elle voulait un roi de Corse), elle allait pas nous embrouiller la tête avec ces fariboles de Maas-Truc
Et donc, je découvre Pitbull.
Pitbull, qui, si on fait l’effort d’écouter ses chansons (guillemets etc), se contente de citer aléatoirement des noms de pays et de ville.
Comme je vous ai déjà forcés à écouter Flo Rida, je vais pas vous imposer ce genre de trucs deux fois, ce serait trop cruel, je suis donc allée chercher les paroles.
Pitbull et Shakira – Get It Started :
Thriller in Manila, knocking them out like Pacquiao
No Ali, No Frazier, but for now it’s off to Malaysia
Pitbull et Jennifer Loper – On the floor :
Brazil, Morocco, London to Ibiza Straight to LA, New York, Vegas to Africa
Pitbull et Claude Kelly – International Love :
You put it down like New York City
I’ve never seen
Wild like Los Angeles
My fantasy
Hotter than Miami
(…)
In Romania she pulled me to the side(…)
In Lebanon yeah the women are bomb
And in Greece you’ve guessed it the women are sweet
Bon, après je vous rappelle qu’on est en janvier et que ma force mentale est mince (c’est bien la seule, parce que tout le reste a fait des provisions à Noël en cas d’hiver rigoureux), donc j’ai pas tout lu non plus.
Mais la conclusion de cette histoire ? C’est qu’avec un bouc illégal, le capillaire fuyant, des petits yeux de tabouret et la fesse basse, cet abruti est multibillionnaire, juste parce qu’il a appris des noms de ville.
J’en voulais à Pitbull, à Satana, à la Corse, au Bled, au monde entier. Mon amertume n’avait plus de limite.
J’ai dû regarder des vidéos de bébé paresseux durant plusieurs heures pour m’en remettre.
Depuis je n’écoute plus que BaRRhH (remixé par David Guetta).
Vivement que janvier finisse.
Super idée!
Bon ben m’en voulez pas, mais je serais donc la 1ère à commencer la course vers la fortune zé la médiatisation, EN FRANCE! Allez hop! c’est partouze mon kiki! musique:
Pitbull et sook – C’est parti ma poule :
faits divers en Loir et Cher, pan dans la gueule comme Pacquiao
Pas Ali, Pas Frazier, mais c’est parti pour Saint-pierre et Miquelon
Pitbull et sook – Sur le carreau :
Aude, Dordogne, de l’Ardèche au Vercors, direct jusqu’à la région PACA, l’Alsace, le Lot et la Bretagne!
Pitbulle et sook – Sauterie régionale :
Tu la mets bas comme à Besançon
J’ai jamais vu
une sauvagerie telle qu’à Paris
Mes songes
plus chauds qu’Ajaccio
(…)
A Strasbourg vas-y qu’elle me tej’ méchant sur le bas côté(…)
En Guyane, les femmes font boum
Et à Montélimar, elles sentent le nougat.
Voilà. Les producteurs devraient pas tarder à s’arracher mon slip. J’attends.
Et pendant ce temps moi je me tue à expliquer à mes collègues allemands que notre collègue français qui s’appelle Bach, ça se prononce « BACK » et pas « BaRhHH ».
Et sinon, mais OUI, l’autodafé pour les Confessions, carrément.
J’adhère totalement a la version de sook. Si vous avez besoin d’un agent, je suis toute disposée a vous offrir mes services!
Sinon, ô très chère impératrice, puis-je me permettre de vous suggérer la brillante (petits guillemets-machin-chose) chanteuse (idem) Liza Monet pour égayer vos journées laborieuses? Par contre je ne saurais que trop vpus recommander l’usage d’un casque, certaines paroles pourraient choquer les chastes oreilles de vos collègues…
Arf ça me rappelle les cours de géographie en chanson complètement barré des animaniacs.
Jean-Jacques « je me touche la cerise pendant 867 pages » Rousseau…
Huhuhuh, vous me tuâtes.